Sommes-nous dans le même bateau?

DSC_0826Il y a plusieurs façons de prendre le bateau.

Il y a tout d’abord la croisière, avec un principe simple: être sur un bateau, jouir du magnifique paysage, rencontrer de nouvelles personnes, boire un cocktail sur le pont.

Et puis, il y a le bateau de traversée qui permet d’aller sur une île par exemple, pour la visiter.

Dans le premier bateau, celui de croisière, je vis pleinement le présent, dégustant chaque seconde. Les vacances tant attendues se déroulent maintenant. Je m’en imprègne, je me crée des souvenirs, je suis ouverte à la rencontre, à l’échange.

Dans le deuxième bateau, celui de traversée, je suis tendue vers ma destination. Je lis le guide touristique du lieu, je regarde le dépliant de location de vélos. J’attends avec impatience de poser mon pied sur terre pour visiter ce lieu si réputé.

Hier, j’essayais de jouer au memory avec ma fille de bientôt trois ans et intérieurement je me sentais bouillonnante avec ce sentiment de ne pas être dans le même bateau.

Ce qui m’intéressait était de respecter la règle: je retourne deux cartes: si elles sont identiques je les garde sinon je les remets à leur place. Ma fille était juste intéressée dans le fait de retourner les cartes, les regarder et échanger.

Je le sais et j’en suis pourtant chaque fois déconcertée.

La plus grande différence entre l’adulte et l’enfant réside dans le fait que l’adulte est tendu vers un but alors que l’enfant peut faire, expérimenter, manipuler juste pour le geste. Faire lui suffit.

Imaginez maintenant qu’une corbeille débordante de linge attende d’être repassée.

Si vous êtes un adulte, votre but sera de vider ce panier pour en faire de jolies piles de vêtements bien pliés.

Si vous êtes un enfant, vous prendrez le premier vêtement de la pile. Vous commenterez peut-être ainsi: « Ah! C’est le t-shirt que m’a offert la tante Bertille, je l’aime beaucoup. Ce que je préfère, c’est ce petit mouton dessiné sur cette minuscule étiquette. » Ensuite vous le mettrez à plat sur la table à repasser. Vous prendrez le fer en sentant son poids, tout tendu à essayer d’avoir un geste précis. Vous effectuerez le geste vingt, trente, quarante fois, allant, venant, dans chaque petit coin oubliant le monde autour, pleinement dans ce geste, ne faisant plus qu’un avec le fer, la table et le tissu.

Et si quelqu’un, un géant par exemple, vous disait: « Allez, on continue, on avance, regarde le tas de vêtements qu’il te reste. » Vous commenceriez peut-être par l’ignorer, ensuite vous libéreriez un peu de stress et finalement vous abandonneriez cette tâche et iriez chercher un autre lieu de quiétude où vous pourriez ne faire qu’un avec ce qui vous entoure.

Dans ces exemples on voit comme le fait de ne pas être dans le même bateau peut créer tension, incompréhension, stress et surtout entraver l’enfant dans son développement.

Considérons la possibilité de vivre une simple traversée comme une vraie croisière, car c’est à cela que nos enfants nous invite.

Sommes-nous dans le même bateau?

3 commentaires sur “Sommes-nous dans le même bateau?

  • 1 juillet 2016 à 11 h 22 min
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    L’exemple du memory est très parlant pour moi. Très vrai. Même expérience avec le jeu de 7 familles avec une de mes petites filles de 4 ans. Je pensais  » elle est trop petite pour jouer à ce jeu, et à deux cela n’est pas,amusant  » Ce qui lui plaisait était de faire le tri des familles. Nous avons joué plusieurs fois à ce jeu détourné de sa REGLE. Un vrai plaisir.

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  • 2 juillet 2016 à 15 h 23 min
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    C est vrai que chaque jour nous vivons de situations Comme cela quand je plie le linge ma fille n attend qu une chose les prendre les mettre sur sa tête Oú me les éparpillés un peu partout dans la maison je lui laisse faire et lui propose ensuite quand il est Tp de range les vêtements dans les palcard de les récupèrer.
    Et pour l histoire du memory pareil ma fille ne veux juste que les regarder, les échanger les ranger dans la boîte ( ma fille est plus petite 18 mois ) donc on joue autrement.

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  • 8 juillet 2016 à 11 h 21 min
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    Cette allégorie de bateau est parfaite pour illustrer les processus mis en jeu. Parfois nous les adultes, nous oublions de vivre l’instant présent car nous sommes assaillis d’injonctions sociétales (et autres)… Pour continuer sur un autre aspect de « faire » : même en s’autorisant à vivre l’instant présent, nous oublions aussi d’entrer dans les tâches « obligatoires » ou dans le développement psychomoteur par le jeu. L’autre jour j’ai joué avec Gabriel, 3 ans, le fils d’amis, à lancer les chaussettes et les culottes dans le tambour de la machine à laver : trop drôle, et on se lasse moins vite! Il a fini par lancer tous les vêtements dans la machine et était tout fier d’avoir rempli « seul » le tambour!!! puis avec sa sœur de 8 ans, nous avons étendu le linge : elle faisait des boules avec les vêtements et me les lançait à l’autre bout de la pièce pour que je les étende sur le fil! Nous avons regretté qu’il n’y ait pas eu plus de linge dans cette machine!!!!! on peut dire que ce n’est pas vraiment faire seul, car j’ai participé, mais prendre sa place dans la coopération n’Est-ce pas un pas vers le « faire seul avec l’autre »?
    Bien à toi

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